Le Moyen-Orient plus que jamais au coeur de l’agenda diplomatique américain (bilan 2013 et perspectives 2014)

Photo : le président Barack Obama accuelli par la garde royale bédouine jordanienne, à son arrivée à l’aéroport d’Amman le 22 mars 2013.(Credit: Reuters/Ali Jarekji)

2013 restera comme l’année où la diplomatie américaine a enregistré les résultats parmi les plus mitigés de son histoire au Moyen-Orient.  Le président Obama préfère l’oublier [1] mais n’est guère assuré de pouvoir faire mieux en 2014. Réussira-t-il à faire triompher sa « diplomatie de la main tendue » sans devoir affronter de plus grands obstacles et consentir de trop lourds sacrifices?  Il y a certes eu, au cours du dernier trimestre, des avancées positives mais encore peu consistantes.  Les prochains mois permettront sans doute de mieux en apprécier la portée effective. Dans l’immédiat, en s’en tenant uniquement à la situation sécuritaire de la région, la vue d’ensemble est négative et inquiétante. Indéniablement, celle-ci est pire qu’au cours de son premier mandat, notamment durant sa seconde moitié marquée par les développements du « Printemps Arabe ». Les faits parlent d’eux-mêmes : la guerre en Syrie se poursuit et a fait plus de 130 000 morts à ce jour, tandis qu’en Égypte et au Liban le paysage politique est fracturé et les violences et attentats se multiplient, symptomatiques du jeu des rivalités et des rancœurs qui s’exercent à l’intérieur et à l’extérieur de leurs frontières. Contre toute attente, la crise des armes chimiques en Syrie n’aura pas débouché sur une intervention militaire occidentale aux finalités incertaines mais, au contraire, à leur neutralisation négociée, favorisant une désescalade diplomatique ponctuée par des gestes d’ouverture entre les États-Unis et l’Iran; et in fine la signature, presque inespérée, le 24 novembre d’un accord intérimaire sur le programme nucléaire iranien qui met Téhéran à l’essai pendant six mois. Bien entendu, ceci ne met pas un terme à l’effusion de sang et au chaos en Syrie, mais marque une étape significative dans l’amorce d’un possible processus de pacification globale dans la région qui s’avère des plus compliqués. L’Amérique a certes pris des risques en se rapprochant de ses ennemis dans un contexte particulièrement tendu, démontrant ainsi que le pire n’est pas inéluctable, mais les risques seront pour elles plus élevés si elle se montre incapable d’amener ses partenaires clés à faire évoluer et à coordonner leurs logiques individuelles afin d’améliorer ensemble la sécurité et la stabilité de la région.

Une dynamique vertueuse à maintenir et à renforcer en 2014

Poignée de main entre le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif et le secrétaire d'État américain John Kerry, le 24 novembre 2013 à Genève, après  que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU et l'Allemagne sont parvenus à un accord intérimaire avec l'Iran sur son programme nucléaire (crédit : Fabrice Coffrini/AFP).

Poignée de main historique le 24 novembre 2013 à Genève entre le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif et le secrétaire d’État américain John Kerry, après que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et l’Allemagne sont parvenus à un accord intérimaire avec l’Iran sur son programme nucléaire (crédit : Fabrice Coffrini/AFP).

L’accumulation de revers diplomatiques au Moyen-Orient durant le premier mandat aurait en grande partie, dit-on, convaincu l’administration Obama d’élargir le champ d’intervention de l’Amérique à d’autres zones à fort potentiel mais quelque peu négligées. Cependant, il apparaît que ni le « pivot » en Asie – dont l’ampleur réelle est somme toute surestimée puisque ce plan ne s’est pas encore traduit par une hausse significative des moyens déployés en Asie-Pacifique –  ni la promesse d’un renouveau de sa relation avec l’Afrique – encore attendu dans les domaines de la sécurité et  du commerce -, ne pousseront  de sitôt la première puissance mondiale à délaisser le Moyen-Orient. Ceci d’autant plus que les enjeux sécuritaires d’Israël se posent avec une plus grande acuité. Dans la région, tout reste à faire et Washington n’a pas encore convaincu de la pertinence et de l’efficacité des choix opérés. Ses responsables commencent à peine à réajuster une rhétorique performative qui tranchait jusqu’alors avec la maigreur de leurs réalisations. Même si les avancées sont très inégales, force est de reconnaître que B. Obama est parvenu à enclencher une dynamique vertueuse, quoique fragile, dont le point de départ est l’accord russo-américain sur le démantèlement des arsenaux chimiques de Damas qui a abouti à l’adoption de la résolution 2118 par le Conseil de Sécurité de l’ONU. Cette percée n’est pas sans conséquence, et a d’ailleurs suscité un ressentiment sans précédent chez ses alliés anti-Damas, lesquels se sont sentis trahis et abandonnés alors qu’ils étaient et restent engagés dans une interminable guerre par procuration en Syrie, sans parvenir à faire tomber le régime de Bashar al-Assad. Ce faisant, l’Amérique doit s’employer dans un délai court à réparer les fissures de son propre camp, après s’être aliénée pour la première fois et en même temps Tel Aviv et Riyad, les législateurs républicains du Congrès et les lobbyistes pro-Israël en signant deux accords spectaculaires, à deux mois d’intervalle, avec « l’ennemi juré ». Aucun d’eux n’a  intérêt à voir ces efforts aboutir, surtout si une telle perspective devait renforcer le rôle et l’influence régionaux de l’Iran à leur détriment. Ces décisions ne produisent donc pas un statu quo à l’avantage de l’ensemble des protagonistes du conflit, mais au contraire, ont pour double effet de fragiliser la confiance qui unit Washington avec les partisans de la manière forte vis-à-vis de Damas (l’Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar) et d’entamer la crédibilité de ces mêmes États auprès de ceux qui les voyaient déjà comme des puissances diplomatiques régionales de premier plan, capables de façonner leur espace et d’infléchir le cours de l’histoire. En ne donnant pas satisfaction à la demande des pétromonarchies désireuses d’en finir par la force avec le régime syrien, d’isoler et de sanctionner toujours plus Téhéran, B. Obama leur a signifié, en quelque sorte, les limites de l’alliance qui les lie. Il y aura vraisemblablement un avant et un après-27 septembre 2013 qui marque, non pas un divorce, mais un point de rupture psychologique qui pourrait bien accélérer la redistribution des cartes dans la région. Dans ce contexte, un nouveau pacte conçu dans le même esprit que le « Quincy » mais élargi, ne serait pas superflu dans la mesure où cela permettrait de redéfinir les engagements réciproques, et le devoir des dirigeants arabes de faire progresser la démocratie et la stabilité de leur région. Le pétrole contre la protection de régimes autocratiques et réactionnaires est un deal qui ne semble plus suffire à répondre aux nouveaux enjeux soulevés par les événements de ces trois dernières années. Le « Printemps arabe » en tant que processus révolutionnaire a fait long feu. Mais les aspirations et frustrations (démocratiques, sociales et économiques) des peuples qui ont porté son étendard ne se sont pas éteintes. Conscient de la volatilité des menaces comme des sentiments nourris à l’égard de l’Amérique dans la région, le président Obama a pris en fin de compte une décision prudente et compréhensible dans une zone où le passé de son pays n’est guère reluisant et son rôle encore très décrié.

Les priorités d’Obama signifiées à ses alliés

La position américaine vis-à-vis de la Syrie et de l’Iran peut aussi être interprétée par les plus optimistes comme un signal ou une opportunité pour les acteurs régionaux d’apprendre à gérer et régler entre eux leurs problèmes au sein de leurs instances, sans en appeler à l’Amérique pour qu’elle joue le rôle de gendarme à la demande et en assume le retour de manivelle. Certes, Washington reste pour eux un partenaire et un protecteur précieux en cas de menace concrète – il leur a d’ailleurs  réitéré, en guise de consolation, sa volonté de maintenir dans le Golfe  la présence de 35 000 soldats sans intention immédiate de procéder à un ajustement[2] -, mais les Arabes prennent conscience que celui-ci n’adaptera pas son agenda à leurs priorités. Ces changements induits par la politique du président Obama ces derniers mois prendront du temps à s’installer, bon gré mal gré, dans les mentalités et les institutions de la région, mais il n’y a pas d’autre choix possible qu’un ensemble de compromis assurant la coexistence, sinon de précipiter la région dans un chaos duquel nul ne sortira épargné. À défaut d’une solution globale intégrant toutes les parties prenantes des conflits régionaux – condition pour parvenir à démêler cet écheveau de problèmes -, l’Amérique doit parer aux urgences au cas par cas, de l’Égypte à l’Afghanistan en passant par l’Irak, en œuvrant au rétablissement de la démocratie et à la réconciliation nationale qui permettrait d’endiguer la montée de l’extrémisme et du terrorisme ainsi qu’à une coopération interétatique plus poussée – objectif qui se heurte encore, pour le moment, à la logique de ses alliés qui consiste à soutenir les jihadistes combattant en Syrie et en Irak -, et enfin, essayer de ne pas sortir bredouille de la fenêtre de négociation israélo-palestinienne rouverte pour 9 mois (depuis le mois de juillet 2013). Les chances de réussite sont très réduites. Le secrétaire d’État John Kerry qui a effectué dix missions en Israël depuis sa prise de fonction il y a un an, n’a pas réussi, malgré ses efforts, son dynamisme et son optimisme, à infléchir les positions des deux camps en ce qui concerne les termes de référence « historiques », à savoir le tracé des frontières définitives d’un futur État palestinien, le sort des réfugiés palestiniens, le statut de Jérusalem-Est et la sécurité. les Palestiniens ne croient pas en la volonté sincère de l’État hébreu de faire la paix qui passe par la rétrocession des territoires annexés depuis la guerre des six jours (1967) et l’arrêt de l’extension des colonies en Cisjordanie. Le statut de la vallée du Jourdain, à la frontière entre Israël et la Jordanie, est un point de litige également soulevé dans les récents pourparlers. Le problème israélo-palestinien reste au cœur des crises de la région mais il est désormais bien moins urgent à traiter pour Washington que les foyers de conflit brûlants qui l’entourent, et a cessé d’ailleurs d’être l’objectif central de l’administration Obama après son premier échec cuisant, remontant à septembre 2010, où elle n’avait pas réussi à obtenir de la part du premier ministre Benyamin Netanyahou le prolongement du moratoire sur les colonies juives. Au cas où le cycle de pourparlers (qui prend fin le 29 avril 2014)  n’apporterait aucune avancée et que les deux parties rejetteraient le projet soumis par J. Kerry d’un « accord cadre » (autrement dit un document traçant les grandes lignes d’un règlement définitif et qui permettrait de repousser cette date butoir), alors cette tentative de relance du processus de paix 2013-2014 pourrait bien être la dernière initiative du genre à voir le jour sous la présidence de B. Obama.

Repenser l’alliance arabo-atlantique sur de nouvelles bases

Le secrétaire d'État américain John Kerry s'entretenant avec le roi Abdallah d'Arabie saoudite à Riyad le 4 novembre 2013. Cette visite fut l'occasion pour le premier de rappeler l'amitié durable entre leurs deux pays et  leur collaboration  sur de nombreuses questions (sécurité énergétique, lutte contre le terrorisme, défense, commerce et l'investissement) ainsi que l'importance cruciale du royaume dans les trois dossiers sur lesquels ils travaillent ensemble (l'Égypte, la Syrie et l'Iran). (crédit : Us Department of State)

Le secrétaire d’État américain John Kerry s’entretenant avec le roi Abdallah d’Arabie saoudite à Riyad le 4 novembre 2013. Cette visite fut l’occasion pour le premier de rappeler l’amitié durable entre les deux pays et leur collaboration sur de nombreuses questions (sécurité énergétique, lutte contre le terrorisme, défense, commerce et investissement) ainsi que l’importance cruciale du royaume dans les trois dossiers sur lesquels ils travaillent ensemble : l’Égypte, la Syrie et l’Iran. (crédit : Us Department of State)

Le président Obama a essayé, tant bien que mal, de ne pas trop s’écarter des fondamentaux de la politique américaine au Moyen-Orient, tout en s’attelant à préparer l’Amérique et ses partenaires à une modernisation de sa diplomatie et du paradigme actuel. Celle-ci est rendue inévitable et urgente par des changements géopolitiques qui lui imposent une ligne dorénavant plus équilibrée, moins rigide et éloignant au maximum les scénarios d’affrontement. Parmi ces changements, notons, d’une part, l’importance accrue du « facteur chiite » – chiisme qui est, en tant que force politique impulsée par l’Iran, en plein réveil, du Levant à la Mésopotamie (donc dans des pays à fort potentiel économique et énergétique mais encore particulièrement instables) -, et d’autre part, l’arrivée des Brics sur le devant de la scène internationale et régionale, induisant de nouvelles opportunités économiques et stratégiques. Il s’agit de deux phénomènes avec lesquels il lui faudra apprendre à composer. Les premiers effets des décisions de B. Obama n’ont pas fait l’unanimité, d’autant que les contours de sa stratégie au Moyen-Orient et en Syrie n’ont, en amont, pas vraiment été bien expliqués et cernés. Le chef d’état-major des armées, le général Martin Dempsey, avouait d’ailleurs ne pas entrevoir de plan de sortie (exit strategy) alors que l’idée d’une attaque limitée contre Damas se précisait. Beaucoup plus désabusé et sarcastique, l’ancien chef d’état-major du Central Command (CentCom), Jim Matis, remercié en décembre 2012, mettait « au défi quiconque de lui dire ce qu’était la stratégie américaine au Moyen-Orient »[3]. Le président Obama aura fort à faire pour prouver à ses concitoyens et à ses détracteurs que cette « voie médiane » qu’il adopte est salutaire à terme pour l’Amérique, assurant la préservation de ses intérêts en lui épargnant de nouvelles aventures coûteuses et stériles. À l’évidence, il ne lui sera pas aisé de continuer à prendre des décisions courageuses qui rompent avec les habitudes et rassurent en même temps ses partenaires dont l’anxiété et le désarroi sont palpables; mais le nouveau Moyen-Orient en gestation rend cet effort éminemment nécessaire. En cas d’échec à stabiliser la région avec le concours des Arabes et de pourrissement de la situation générale, le président américain pourrait être amené à envisager des options plus drastiques qu’il a jusqu’à présent tenté de contourner ou de retarder.

Des divergences de forme, pas de fond

Les événements survenus depuis 2011 ont contribué à l’aggravation de la situation en Syrie et ont révélé en même temps les liens ambigus voire « obscènes » de certains États avec des forces clandestines et extrémistes qu’ils manipulent sans forcément calculer tous les risques ultérieurs que cela implique pour leur propre sécurité à terme et celles de leurs alliés. L’obsession de la victoire en Syrie a fini par effacer chez ces derniers toute retenue ou scrupule, au point de ne plus faire mystère de leur soutien matériel, logistique et financier à des groupes islamistes venus des quatre coins du monde pour transformer la Syrie en terre de jihad. Ce choix n’a pas seulement amplifié la souffrance du peuple syrien et l’acharnement du régime, mais a aussi terni irréversiblement l’image d’une opposition syrienne dont les revendications initiales, nationales, démocratiques et laïques, formulées par sa frange modérée étaient justifiées et défendables avant leur précoce dévoiement et la radicalisation du champ de la rébellion armée [desquels il n’est, bien entendu, pas dans notre propos de dédouaner le régime syrien]. Les États arabes du Golfe n’ont pas attendu longtemps avant de saisir l’occasion de tout mettre en œuvre pour faire tomber ce régime allié de l’Iran après avoir fait mine de tenter de le convaincre de cesser sa répression et de privilégier les négociations, et surtout, de lui avoir enjoint de quitter l’Iran pour revenir dans le giron arabe. En vain. Aux premières heures des manifestations en Syrie, les monarchies du Golfe paraissaient surtout inquiètes de voir la vague du « Printemps arabe » déferler sur leurs palais. Ainsi, pour éviter un tel scénario, devaient-elles montrer à la rue arabe solidaire des manifestants syriens sauvagement réprimés – et qui commençait à trépigner devant l’inertie de la Ligue arabe – qu’elles se rangeaient du côté des peuples opprimés, bien qu’elles n’aient elles-mêmes jamais brillé par leur acceptation du pluralisme politique, leur tolérance religieuse et leur ouverture vis-à-vis de toute revendication impliquant la déconcentration ou la limitation de leur pouvoir absolu. La légitimité et moralité du régime en place, la liberté et la sécurité du peuple syrien étaient et demeurent le cadet de leurs soucis. Toutes les décisions politiques des pétromonarchies ont ainsi découlé d’un double objectif qui reste d’actualité : endiguer la vague des révoltes dont elles craignent une résurgence – il s’agit d’ailleurs de la principale raison qui a poussé l’Arabie saoudite à finalement soutenir la restauration d’un régime militaire répressif en Égypte tandis qu’elle en combat un autre en Syrie pour endiguer l’influence de l’Iran dans la région (son autre grand objectif). Il en résulte une somme de mesures dont on perçoit mal la cohérence et la finalité, mais qui suffisent à révéler le désarroi profond de l’Arabie saoudite, bien en peine d’accepter certaines mutations autour d’elle et d’évoluer en conséquence. En Syrie, le Jihad à démontré sa capacité intacte à mobiliser autour de son idéologie salafiste des individus et forces clandestins épars, et à profiter de l’éclatement des conflits pour greffer et laisser proliférer l’extrémisme le plus violent et rétrograde. Le cas syrien a également rappelé que ces réseaux ne jouiraient probablement pas de leurs capacités offensives actuelles sans la perfusion continue de régimes et d’acteurs non-étatiques (riches donateurs et familles bourgeoises du Golfe) qui permettent à ses forces de se reconstituer et de se démultiplier. Ces flux privés ne sont pas entravés et sont même favorisés par des régimes qui trouvent un intérêt à les utiliser, au moins dans un premier temps, afin de déstabiliser leurs ennemis du proche voisinage. Or, qu’adviendra-t-il de la sécurité des pays du Moyen-Orient et de l’Occident si ces hordes qui ont acquis de nouvelles techniques de combat asymétriques reviennent de leur jihad, élargissent et améliorent toujours plus leur base de recrues et leurs capacités létales ? L’Amérique va-t-elle commencer à réaliser qu’il est temps de ré-envisager certaines alliances (et compromissions) qui ont causé plus de problèmes insolubles et de pertes que d’avantages stratégiques au Moyen-Orient? Un tournant véritablement réaliste, suivi d’effets concrets de la part de l’administration américaine n’est pas improbable au regard de ses quelques récents revirements, même s’il ne faudrait pas s’attendre de sitôt à une rupture drastique. Malgré les spéculations entendues à ce sujet, le divorce entre l’Amérique et l’Arabie saoudite n’est pas consommé, loin s’en faut, car la protection américaine consacrée en 1945 par le pacte du Quincy a été prolongée en 2005 pour encore un demi-siècle. Néanmoins, le désengagement américain sur la Syrie, son faible appui à la rébellion et ses critiques adressées aux militaires égyptiens ont mis en exergue de réelles divergences saoudo-américaines, tout au moins sur la manière de gérer les grands dossiers du moment.

Des décisions américaines qui amplifient le désarroi stratégique de l’Arabie saoudite

Jusqu’à présent, il a été de bon ton chez les Américains et leurs alliés de désigner l’Iran comme le « grand perturbateur régional » tout en occultant le rôle trouble de l’Arabie saoudite et ses connexions avec le terrorisme mondial. Le royaume pose un cas de conscience que l’Amérique et l’Europe ne pourront pas indéfiniment éviter parce que leur position équivoque et l’absence d’honnêteté et de sincérité qui s’en dégage ne permettent pas à leur diplomatie d’être crédible et de faire progresser de nombreux dossiers dans lesquels l’instauration d’une relation de confiance est essentielle. Il est, en effet, encore plus difficile à l’heure actuelle d’ignorer les entraves aux libertés fondamentales, le retard sur les questions de société (notamment la condition féminine), la responsabilité de l’Arabie saoudite dans la création et l’essor actuel d’Al Qaïda dans la région – qui est une piqûre de rappel des liens qui unissaient ce même État aux terroristes du 11 septembre 2001[4]. Cette amie « qui ne vous veut pas que du bien » a démontré tout au long du conflit syrien son potentiel de nuisance, via l’organisation de filières jihadistes salafistes contre Damas, mais tout en imputant impudemment la seule et entière responsabilité de la radicalisation du champ de la rébellion armée au régime de Bashar al-Assad. L’Arabie saoudite, grande perdante de l’accord irano-américain sur le nucléaire, continue de fulminer et a du mal à se résoudre à accepter des choix américains qui, à ses yeux, affaiblissent ses positions dans la région au profit de l’axe Téhéran-Damas-Hezbollah. La volte-face de B. Obama en Syrie et la suspension – quoique partielle et minime – de son aide au régime égyptien (soutenu par Riyad) visant à sanctionner sa répression exercée contre les partisans de l’ancien gouvernement issu des Frères musulmans, ont achevé de créer un climat géopolitique anxiogène et insoutenable pour Riyad. Le royaume continue d’afficher sa volonté de soutenir le front anti-Damas, avec ou sans l’aide américano-britannique. Mais dans les faits, il ne pourra poursuivre sa guerre personnelle que dans la mesure où Washington le lui permet et si cela ne contrarie pas ses plans. De son côté, l’Amérique ne peut à l’heure actuelle se hasarder à lâcher cet allié stratégique même s’il se crispe et se rebiffe (comme lors de son refus de la proposition de siéger au Conseil de sécurité pour protester contre l’inaction de ses membres dans le dossier syrien) et multiplie les « flirts » de circonstance, avec la France notamment, qui ont de grandes chances de rester sans lendemain (n’ayant en l’état pas encore généré d’acte juridique ou de méga-contrat commercial) et, surtout, sans incidence sur le positionnement et les intérêts américains. l’Arabie saoudite est utile pour le moment au maintien d’un espace arabe du Golfe relativement stable et acquis aux intérêts occidentaux et dont dépend également la stabilité des cours mondiaux du pétrole. L’administration Obama pourrait néanmoins être amenée à dissuader Riyad de prendre des initiatives isolées susceptibles de parasiter ou saboter ses efforts entrepris durant le dernier semestre 2013 et qu’elle espère pouvoir prolonger en 2014. La question est de savoir si B.Obama aura les coudées franches pour rappeler à l’ordre si nécessaire l’Arabie saoudite et, par la même occasion, tenir tête à Israël – qui s’est particulièrement rapproché de Riyad autour d’un certain nombres d’enjeux sécuritaires communs et trouverait un intérêt à ce que l’Arabie continue d’alimenter la guerre contre l’axe chiite.

La nécessité de conjurer l’éclatement du front anti-Damas et l’implosion du monde arabe

photo de la ville de Mansoura, au nord du Caire après l'explosion d'une voiture piégée près d'un bâtiment de la police ayant fait 14 morts. Cet événement a poussé le gouvernement à amplifier la cabale menée contre les Frères musulmans qu'il accuse d'être à l'origine des violences et à les désigner comme organisation terroriste. (crédit photo : AFP/Mahmoud Khaled)

Photo de Mansoura, ville située au nord du Caire, après l’explosion d’une voiture piégée près d’un bâtiment de la police qui a fait 14 morts le 24 décembre 2013. Cet événement a poussé le gouvernement égyptien à durcir la « cabale » menée contre les Frères musulmans qu’il accuse d’être à l’origine des violences et à les désigner comme une organisation terroriste (crédit photo : AFP/Mahmoud Khaled).

En 2013, les pétromonarchies ont poussé leur stratégie d’endiguement de l’Iran à des niveaux encore jamais atteints, avant que certaines d’entre elles ne commencent à réaliser que ce jeu dangereux est susceptible de se retourner dramatiquement contre elles. À rebours des idées reçues, l’identité commune (arabe) des États du Golfe, leur appartenance majoritaire à la confession sunnite et leur hostilité historique au chiisme n’ont pas transcendé d’autres logiques, notamment économiques et la méfiance qui les habitent face aux velléités hégémoniques des deux États du Golfe en pointe dès le départ dans les dossiers syrien et égyptien : l’Arabie saoudite et le Qatar. Ces rivalités internes/dissenssions interarabes continuent d’offrir un avantage psychologique et tactique certain au camp adverse (pro-Damas) qui affiche une plus grande homogénéité et coordination dans ses objectifs politiques et militaires. La relation entre ses trois principales composantes n’est pas tant bâtie sur une identité monolithique (ils sont à la fois Arabes – issus de plusieurs pays – et Perses, chiites et alaouites, laïcs et religieux) que sur des obligations réciproques et un principe de résistance qui unifient leur position. Le rapprochement diplomatique (encore timide) de l’Occident avec ce monde chiite perçu comme hérétique par l’orthodoxie sunnite et le camouflet diplomatique infligé à l’Arabie saoudite poussent cette dernière à s’activer pour contrer leurs effets désastreux sur son rayonnement dans la région. Mais alors que Washington souhaite une meilleure intégration politique et militaire dans le Golfe qui aurait pour effet – et cela n’est sans doute pas anodin – de diluer l’influence de l’Arabie saoudite dans cet ensemble, Riyad, pour sa part, entend bien y maintenir sa position de meneur. Cela dit, le royaume n’a pas encore réussi à convaincre les cinq autres pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) de l’intérêt pour eux de transformer cette organisation en « Alliance du Golfe » lors de leur dernier sommet, et s’est même heurté au refus fracassant d’Oman qui a menacé de quitter l’organisation si ce projet venait à être voté. [5]. Au regard de leur réaction à l’annonce de la signature de l’accord irano-américain – dont ils se sont officiellement félicités dans leur communiqué publié à la fin de leur sommet au Koweït -, et de leur position désormais plus souple sur l’issue à donner au conflit en Syrie, les autres pays du Golfe semblent avoir pris leurs distances avec le discours va-t’en-guerre du géant saoudien et ont montré que, sans renoncer nécessairement à un objectif plus long qui est de freiner d’une manière ou d’une autre l’expansionnisme irano-chiite, ils restent vigilants à l’endroit de Riyad et de sa tendance à vouloir diriger les affaires arabes. Sa volonté de se repositionner est confortée par le fait que la quasi-totalité des leaders arabes charismatiques qui pouvaient rivaliser avec la monarchie des Séoud ont été déposés ou éliminés (Saddam Hussein, Hosni Moubarak et Mouammar Kadhafi), laissant un « vide » du leadership arabe sunnite. La défiance des cinq membres du CCG est surtout palpable depuis que le royaume est revenu en force sur les trois grands dossiers et que le Qatar a marqué le pas. Par dépit, Doha a même commencé à reprendre discrètement langue avec le Hezbollah libanais. Entre Ryad et Doha, la rivalité s’est prolongée et a été encore plus nette en Égypte où la disgrâce des Frères musulmans a fait perdre au second un allié de poids dont il a été, par ailleurs, le principal soutien financier en Syrie. La dynastie des Séoud, monarchie absolue et théocratique, a toujours pris ombrage de l’agenda politique radical, révolutionnaire et subversif des Frères musulmans et ce, depuis la création de la confrérie en 1928, tandis que les salafistes – qu’elle a créés, armés, et sur lesquels elle garde un contrôle – conservent ses faveurs. Et pour cause, ces éléments n’ont pas, hors du jihad, su s’organiser et s’ancrer politiquement dans la région au point de constituer une menace ou une alternative sérieuse. De surcroît, ils suivent une doctrine fondamentaliste proche – tout en étant plus conservatrice – du wahhabisme (doctrine officielle de l’État saoudien) et sont plus enclins à tolérer les succédanés du « commandeur du croyant » (calife) – leur modèle idéal – que sont les rois et émirs à condition qu’ils respectent et appliquent la charia. Dans l’absolu, les islamistes-jihadistes, quelle que soit leur doctrine, doivent toujours être surveillés, canalisés et maîtrisés, au risque de devenir une arme à double tranchant; les régimes saoudien, égyptien, iranien ou syrien n’ont jamais ignoré cette réalité tout au long de leur histoire.

Les frères musulmans : une fin (trop vite) annoncée

Considérablement affaiblis en Égypte et en voie d’isolement dans le monde arabe, il est pourtant trop tôt pour prédire la fin des Frères musulmans, lesquels n’ont peut-être pas encore dit leur dernier mot. La désignation de la confrérie comme « organisation terroriste » par le pouvoir militaire en Égypte après l’attentat survenu à Mansoura, au nord du Caire, le 24 décembre et son appel adressé à la Ligue arabe à prendre des mesures rétorsives en application du traité anti-terrorisme de 1998 (interdisant tout soutien financier à l’organisation et imposant aux pays signataires l’extradition de ses membres) pourraient servir de base légale à tous leurs adversaires afin de les marginaliser. Cette manœuvre, si elle venait à être massivement soutenue et adoptée (ce qui est encore peu probable), pourrait s’avérer contreproductive voire dangereuse. Traqués et condamnés à  la clandestinité, l’évolution des FM vers un activisme des plus virulents et à des méthodes plus musclées deviendrait une option sérieuse. La confrérie jouit encore d’un réseau relationnel qu’elle a su tisser dans la région, notamment dans le Sinaï, à Gaza, dans les territoires occupés, en Jordanie, en Turquie, au Qatar et au delà, en Occident. Par ailleurs, il sera intéressant de découvrir comment le Caire et Riyad procéderont pour justifier un anathème réservé à un parti politique islamiste reconnu et considéré comme « modéré » (la plupart des cadres des FM ont trouvé asile à Londres, où ils ont transféré leur bureau exécutif et médiatique), alors que celui-ci n’est pas jeté sur des groupes jihadistes actifs en Syrie. Par ailleurs, si la Ligue arabe décidait à l’unanimité d’inscrire les FM sur sa liste noire du terrorisme, certains de ses membres les moins sensibles au pluralisme y trouveraient une caution très utile à la répression de leurs propres opposants, usant du même stratagème que le Caire pour délégitimer et diaboliser les islamistes et peut-être étendre ces mesures aux militants démocrates laïcs les plus pugnaces. Rien n’empêcherait l’autorité palestinienne (le Fatah de Mahmoud Abbas) par exemple, de saisir l’occasion de mettre hors la loi et d’affaiblir son rival, le Hamas (qui est une émanation des FM) même si pour l’instant, les deux mouvements semblent être davantage dans une optique de réconciliation. Une zizanie ne tarderait pas à installer à terme, puisque une variété d’organisations et de partis politiques partagent avec la confrérie de nombreux points de doctrine (les membres du parti « islamique » Ennahda qui dominent le gouvernement tunisien notamment). Hors du monde arabe, la confrérie compte également des amis et « frères » comme le premier ministre turc Recep Tayipp Erdogan et son parti, l’AKP. Ce dernier avait fortement soutenu, tout comme Washington et Doha, les processus transitionnels permettant aux « Ikhwann » d’arriver au pouvoir en Égypte et en Tunisie. S’ils devenaient des parias aux yeux d’une majorité d’États arabes signataires du traité, rien n’empêcherait les FM de revenir vers les pro-Damas avec lesquels ils avaient coupé les ponts pour signifier leur désaccord avec les méthodes de Damas et pour suivre leur principal maître et bailleur, Doha. Washington ne peut ignorer que l’instabilité en Égypte et la façon dont son gouvernement militaire gérera jusqu’au bout le cas des « Ikhwann » est susceptible de renforcer le clivage interarabe, d’avoir des répercussions sur la sécurité du Sinaï et de favoriser l’émergence de nouvelles forces hostiles à Israël. La complexité des acteurs de la région et des liens qu’ils entretiennent apporte la preuve que la recomposition ne se fait pas (ou plus) uniquement sur des lignes sectaires et confessionnelles mais aussi sur des rapports de force fondés sur la quête d’influence et la diplomatie économique (incluant la « diplomatie du coffre-fort » dans laquelle s’illustrent puissamment l’Arabie et le Qatar). Ce phénomène qui marque une évolution importante dans les relations régionales a la particularité de rendre encore moins prévisible l’apparition de nouvelles alliances qui ne se forment plus désormais autour de la seule communauté idéologique. Le léger recul pragmatique de Doha l’éloigne désormais du jusqu’au-boutisme de Riyad, comme si le premier cherchait déjà à se ménager une porte de sortie honorable en prévision d’un maintien de Bashar al-Assad à la tête du pays que beaucoup tiennent désormais pour acquis, avec ou sans l’organisation d’élections présidentielles en 2014. L’Amérique compte au sein de son alliance des éléments très hétérogènes, et la diversité de leur nature et de leurs logiques n’aide pas toujours à concilier leurs vues. Néanmoins, chacun d’eux représente une sensibilité, tendance politique ou identité culturelle au sein du monde arabe et peut être, en fonction des circonstances, utile à un moment ou un autre aux intérêts américains. Washington peut autant tirer parti du régime militaire égyptien laïc et du royaume des Séoud que des jihadistes (jusqu’à un certain point) et des Frères musulmans – auxquels il a apporté un soutien constant et qu’il appréhende comme des « islamistes avec lesquels il est possible de discuter » et ayant le potentiel pour faire rempart aux groupes bien plus extrémistes et moins contrôlables.

Enrayer la logique du chaos en Syrie et dans la région

Des combattants de l'État islamique en Irak et au Levant paradant  avec leurs armes dans le district de Tel Abyad, au nord de la Syrie. (Crédit : REUTERS).

Des combattants de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) paradant avec leurs armes dans le district de Tel Abyad, au nord de la Syrie. (Crédit : REUTERS).

À défaut d’espérer une victoire contre le « front du refus » (Téhéran-Damas-Hezbollah), ses ennemis peuvent se contenter d’une « plaie ouverte » en Syrie. Il s’agit d’un pis-aller plus acceptable pour Riyad que la perspective douloureuse d’un cessez-le-feu l’acculant à des concessions clairement désavantageuses. Même si Ankara et Doha se mettent moins en avant depuis le soudain « réveil » des Saoudiens et que le premier est secoué à l’intérieur par des scandales politiques, ils continuent de financer leurs groupes islamistes respectifs afin de ne pas être totalement exclus des futurs marchandages régionaux. Honnis sans distinction par la communauté internationale, les jihadistes « takfiris » qui combattent en Syrie n’en sont pas moins indispensables à ces trois États pour maintenir la rébellion armée face aux forces d’Al-Assad. Cette « chair à canon islamiste » leur permet de guerroyer à distance sans se salir les mains et supporter les pertes et les risques d’une intervention militaire directe. L’approche privilégiée par le chef du renseignement saoudien Bandar Bin Sultan s’est traduite tout au long du conflit par un soutien à deux factions indépendantes l’une de l’autre :  l’Armée syrienne libre (ASL), branche armée laïque du Conseil national syrien (CNS) et visage officiel de la révolution – actuellement anémiée et esseulée -, et une nébuleuse jihadiste désormais désignée sous l’appellation de « Front islamique », franchise née à la fin du mois de novembre de la fusion de sept groupes dont le puissant Ahrar al Sham (« libres du Levant »), concomitamment au rapprochement américano-iranien. Cette coalition se veut une alternative au Jabhat al Nosra (labélisé « Al Qaïda ») financé par Doha et l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) également connu sous l’acronyme « Daech » dont la composante syrienne, surtout présente à la frontière nord (turco-syrienne), se serait rapprochée d’Ankara après avoir été désavouée par Ayman al-Zawahiri qui ne reconnaît qu’Al Nosra comme branche officielle d’AQ en Syrie. [6]. Depuis, les relations entre l’EIIL et le reste de la rébellion n’ont cessé de s’envenimer jusqu’à les pousser à se livrer à des combats fratricides. Après la prise d’un stock d’armes appartenant à l’ALS par le Front islamique le 11 décembre dernier, les Américains et Britanniques ont décidé de suspendre jusqu’à nouvel ordre la livraison des aides militaires non létales à la rébellion officielle. Les combattants islamistes étant désormais sans conteste le fer de lance de la lutte anti-Damas, la seule solution opérante trouvée par Riyad dans cette seconde manche est de les rendre « fréquentables » aux yeux de l’Occident en les présentant comme des islamistes « modérés » et non « anti-occidentaux », et en affermissant le contrôle sur les filières d’approvisionnement clandestines afin d’assurer aux Américains et Européens que les  fonds, le matériel et les armes (provenant de fonds privés saoudiens, koweïtiens et bahreïnis animés par des objectifs sectaires et individuels divers) ne tomberont pas entre les mains de groupes islamistes rivaux non adoubés par Riyad. Cette opération de communication est peu crédible car opérer un tri entre « bons » et « mauvais » islamistes, autrement dit entre les jihadistes « acceptables » financés par le clan Sultan (dont la ligne est réputée pour être la plus radicale et intransigeante au sein de la famille régnante) et les jihadistes « qaïdistes » califatistes, puis contrôler leurs interactions, s’avère une gageure dans un théâtre aussi confus que la Syrie.

Fuite en avant et relance du jihad anti-chiite

Le second plan saoudien de « relance de l’insurrection » complique davantage la lisibilité du champ de la rébellion armée anti-Damas. Le subterfuge de B. Ben Sultan ne semble tromper personne, encore moins les responsables de l’ASL – seule entité combattante pouvant revendiquer sa syrianité et donc relativement prétendre à une certaine « légitimité » à prendre les armes (si l’on excepte les circonstances et les conspirations qui ont présidé à sa formation à l’étranger) -, mais qui est devenue ironiquement un poids mort sur lequel ni les Occidentaux ni les Arabes ne semblent vouloir miser. Les Saoudiens sont entrés dans une logique de guerre d’usure voire de chaos sans fin et tentent de redonner un nouvel élan au jihadisme dans la région pour conserver un outil de marchandage face à Washington. Leur obstination s’apparente à une fuite en avant, et il paraît peu probable que les Américains qui se sont dits prêts à envisager un dialogue avec les « islamistes modérés »du Front islamique (sans doute pour ne pas envenimer davantage leurs rapports avec les Saoudiens), puissent en réalité se permettre de soutenir ouvertement ces combattants salafistes en feignant d’ignorer le danger réel que ceux-ci font peser sur la région. Par ailleurs, ce plan saoudien s’appuyant sur un éventuel « retour en grâce des islamistes » se heurterait à un autre plan secret sur lequel travailleraient Moscou et Washington avant le sommet de Genève II prévu le 22 janvier 2014 [6], portant sur la définition d’un cadre pour la période de transition en Syrie et prévoyant le maintien de la prééminence du noyau alaouite à la tête de l’appareil militaire et sécuritaire syrien dans le prochain gouvernement d’alternance. Sa préservation représenterait une condition et une ligne rouge pour la Russie. Avec ou sans Bashar al-Assad à la présidence après les négociations et/ou l’ « élection présidentielle syrienne » prévue en juin 2014 et cousues de fil blanc, les deux puissances sembleraient dans tous les cas s’accorder sur un principe : il est impératif de ne pas reproduire l’erreur qui fut commise en Irak avec l’effondrement de l’armée irakienne issue du parti Baas et dont le pays n’a pas fini de subir les effets. Dans la Syrie de demain qui pourrait être en proie à un terrorisme salafiste des plus redoutables, un État et une armée solides, expérimentés, dirigés par une minorité confessionnelle et des institutions laïques, seraient essentiels aux yeux de Moscou et Washington. Pensé, au contraire du plan du tandem, pour continuer d’y inoculer le poison islamiste, le projet de B. Ben Sultan semble réunir toutes les conditions pour créer toujours plus de rivalités et de guerres intestines au sein de la multitude de factions jihadistes et compliquer le désarmement des forces engagées dans le conflit. Le calcul de l’Arabie saoudite et des chefs jihadistes de toute obédience paraît simple : perdu pour perdu, plutôt mettre à feu et à sang la Syrie, le Liban et l’Irak que d’accepter de les laisser intacts sous le contrôle des chiites et de l’Iran. Au « croissant chiite », les chefs de l’EIIL veulent opposer un projet de fusion de la Syrie et l’Irak en un seul « califat » où les sunnites retrouveraient leur supériorité démographique et qui remettrait en cause le tracé des frontières héritées de Sykes-Picot. Le démantèlement de la Syrie n’est que la première étape de ce vaste plan, l’Irak devrait suivre. À charge pour l’Amérique de parvenir à stopper l’escalade jihadiste en fournissant à l’Arabie saoudite les contreparties et assurances qu’elle attend et en accordant plus de moyens aux États et armées faisant face au terrorisme salafiste. Si un deal saoudo-américain se concluait sur la question syrienne et que l’Arabie décidait de se « retirer » du conflit, la source de la compétititon actuelle qui l’oppose au Qatar et à la Turquie se tarirait et, par conséquent, Doha et Ankara n’auraient plus véritablement intérêt à s’obstiner à poursuivre isolément leur stratégie. La rébellion, privée de ses perfusions, ne tarderait pas à s’effondrer.

La persanophobie : une recette qui continue de faire ses preuves

     En Syrie, les opinions américaines et européennes ont fini par voir à l’œuvre, et à visage découvert, les sponsors du terrorisme international. Le gouvernement turc a octroyé un « laisser-passer » à des milliers jihadistes traversant sa frontière pour combattre Damas, et le royaume jordanien en a fait autant. Cette complicité visible conjuguée au virage islamiste pris par le gouvernement de R.T. Erdogan ces dernières années, ainsi qu’à ses lacunes en matière de droits de l’Homme et de liberté d’expression, n’est pas de nature à atténuer le scepticisme de la Commission européenne concernant une future adhésion de son pays à l’UE. Quant à Riyad, l’agitation, l’opportunisme et le radicalisme qui se dégagent de sa diplomatie sont à la mesure de sa peur de disparaître et contrastent avec l’attitude posée et pragmatique – et toujours hélas attentiste – de Washington. B. Obama cherche en priorité à obtenir une stabilisation globale par une répartition plus équilibrée du fardeau sécuritaire, mais les moyens mis en œuvre ne sont pas à la hauteur de ce projet. Il s’agit de la seule façon de délester l’Amérique d’un certain nombre de responsabilités qui l’enchaînent à cette région et l’obligent à gérer des situations compliquées desquelles sa diplomatie tire en fin de compte peu de bénéfices. Mais vues sous un autre angle, l’angoisse et la paranoïa de l’Arabie saoudite, dès lors qu’elles sont savamment entretenues et dosées, constituent un puissant outil de contrôle qui garde la dynastie dépendante et malléable à souhait. En cela, l’Amérique a trouvé depuis des décennies dans l’épouvantail iranien un instrument parfait pour justifier sa présence militaire dans la région et s’assurer pour longtemps de juteux contrats d’armement et d’exploitation énergétique. Il n’est pas dans l’intérêt de Washington de faire de l’Iran un allié officiel (et inversement). Au mieux peut-on espérer une entente provisoire lorsque des motifs sécuritaires ou circonstances particulières l’exigeront. L’Iran peut en effet jouer un rôle non négligeable dans la sécurité de ses voisins irakien et afghan, là où Washington a échoué. Mais l’Iran est loin d’être perçu comme un « ami ». En effet, même sans parvenir à entrer dans le club restreint des puissances nucléaires, l’Iran chiite, mollahcratique et révolutionnaire constituera toujours intrinsèquement une menace politique aux yeux d’Israël et des dirigeants Arabes, « grignotant » un espace essentiellement dirigé par des pouvoirs sunnites depuis la fondation de l’Islam, les conquêtes arabes et la période ottomane. L’attrait des pétrodollars et la course aux armements dans la région l’emportent sur les liens plus que présumés et inquiétants entre l’Arabie saoudite et les salafistes – qui n’effarouchent pas outre mesure les pays européens et la France en crise. Ainsi, la diplomatie française a cru opportun de profiter des tensions saoudo-américaines pour donner un nouvel élan à ses relations avec le royaume et ainsi décrocher de gros contrats militaires actuellement en négociation, dont « Sawari 3 » (une commande destinée à moderniser la flotte saoudienne, estimée entre 15 et 20 milliards d’euros). À l’instar de Riyad, Paris a essuyé une terrible humiliation après la décision américaine de faire machine arrière au mois de septembre, mais n’a d’autre choix que de continuer à s’aligner sur la politique de Washington même sans oser se l’avouer. La France a mal anticipé les changements géopolitiques qui s’opèrent dans la zone, et l’on voit mal comment sa diplomatie pourrait reprendre pied au Levant – un de ses très rares points d’ancrage historiques dans le monde arabe – à l’avenir. De surcroît, elle ne réunit pas encore les conditions pour devenir un partenaire de substitution indispensable à l’Arabie saoudite : sa diplomatie a perdu de son prestige, n’a plus d’identité stratégique et ses capacités de projection sont très limitées. Au cours de sa dernière visite dans le royaume fin décembre, le président François Hollande, en pleine opération de séduction, ne s’est pas retenu de réaffirmer haut et fort leur communauté de vues sur la Syrie, mais rien n’y fait, la France a les mains liées et s’est déjà retirée du dossier, et il faudra plus qu’une bonne entente et des obséquiosités protocolaires pour faire oublier à Riyad son isolement et sa détresse.

2014, année du jihadisme et du terrorisme?

Le Liban renoue avec la violence politique. ici les lieux de l'attentat qui a coûté la vie à Mohammed Chatah, personnalité éminente de la coalition du 14 mars et hostile à Damas, le 28 décembre 2013. Des figures du mouvement ont pointé du doigt le Hezbollah et Damas. Cet attentat a ravivé les tensions interlibanaises alors que les différentes factions ne parviennent pas encore à former un nouveau gouvernement. (crédit : STR/AFP)

Le Liban renoue avec la violence politique. ici les lieux de l’attentat qui a coûté la vie à Mohammed Chatah, personnalité éminente de la coalition du 14 mars et hostile à Damas, le 28 décembre 2013. Des figures du mouvement ont pointé du doigt le Hezbollah et Damas. Cet attentat a ravivé les tensions interlibanaises alors que les différentes factions ne parviennent pas encore à former un nouveau gouvernement. (crédit : STR/AFP)

À l’heure où des bombes explosent à Beyrouth et à Volgograd, à quelques encablures des J.O d’hiver de Sotchi, il est difficile de ne pas être tenté d’y voir l’ombre vengeresse du clan Sultan et d’autres membres éminents du royaume mettant leurs menaces à exécution [7]. Le renversement et la rapide neutralisation des Frères musulmans en Égypte atteste quant à lui, pour ceux qui en doutaient encore, de l’aptitude des régimes de la région à tenir en respect tout phénomène islamiste ou factieux, indépendamment de son degré de radicalisation et de son assise populaire, du moment qu’ils en ont la volonté et estiment que les islamistes ne leur sont plus d’aucune utilité et/ou représentent une épine dans leur pied. Sans parrains étatiques puissants et généreux, aucune de ces entités ne pourrait se développer et essaimer. Les événements en Égypte (le coup d’État suivi de l’emprisonnement de Mohamed Morsi et la répression menée contre son mouvement) sont également de nature à pousser tous les islamistes déchus – et qui ont le sentiment d’avoir été dupés – à rejeter à l’avenir un jeu démocratique pipé d’avance dans le monde arabe, et à y voir une illustration ou une validation de la thèse du chef d’Al-Qaïda voulant que la seule voie vers l’établissement de l’islam comme religion d’État dans la région passe par le jihad et non par les urnes. Alors que des experts et des rapports s’alarment de la montée du terrorisme dans le monde et dans la région [8], Washington est bien obligé de reconnaître son échec puisque l’élimination d’Oussama Ben Laden n’a ni affaibli AQ pour longtemps, ni rendu le monde et la région plus sûrs. B. Obama va certainement devoir renforcer et affiner sa stratégie antiterroriste, et adosser ce nouveau « surge » à une diplomatie encore plus active, avec ce même dilemme qui se pose autant en 2014 qu’au début de la guerre en Syrie : comment, en toute logique, a fortiori dans un monde globalisé, continuer de soutenir sur un territoire donné un ennemi que l’on combat ailleurs ? L’ Amérique est le seul acteur disposant des moyens et de l’expérience requises pour lutter contre ce fléau, et par conséquent, son action est indispensable. Les besoins sont nombreux et pressants. En Irak, le gouvernement de Nouri al-Maliki a sollicité l’aide et des moyens supplémentaires de l’Amérique pour lutter contre un terrorisme quotidien et la montée en puissance inquiétante de l’EIIL dans la province sunnite d’Al Anbar (à l’Ouest de l’Irak); tandis que l’Afghanistan a toutes les raisons de craindre un retour en force des Talibans en 2014 selon les estimations du dernier NIE (National Intelligence Estimate). L’arc de crise, ou plutôt « l’arène » semble s’étirer comme jamais, du Liban à l’Afghanistan. Téhéran, une fois de plus, cherche à se positionner comme un acteur volontaire pour apporter son concours à la sécurisation de cette zone, se posant ainsi en potentiel allié de circonstance pour l’Amérique. Au Levant, le Liban est le pays qui, avec la Syrie, est le plus vulnérable au terrorisme et exposé à tout moment au risque d’allumage de sa frontière Sud avec Israël ou à l’arrivée des jihadistes de Syrie à sa frontière Est. Son peuple est déjà l’otage de l’accord de Genève et des intrigues autour du conflit syrien et de l’Iran. Indéniablement, le « front du refus » et son parrain russe ont gagné une manche, quoique au prix de coups de poker très risqués et d’un épais brouillard quant à l’enchaînement des événements qui découlent de la décision du Hezbollah, avec l’approbation de Téhéran et de Moscou, d’engager ses forces dans la guerre en Syrie. Cette belligérance a été suivie d’une montée des attentats contre des civils au Liban et d’attaques contre des membres éminents du mouvement chiite et de son adversaire politique de la coalition du 14-mars. Des voix soulignent que l’implosion du Liban et le déclenchement d’une guerre israélo-libanaise seraient assurément une aubaine pour la rébellion armée en Syrie et ses parrains du Golfe qui n’ont pas encore trouvé le moyen de reprendre le dessus sur l’armée loyaliste et ses alliés du Hezbollah, et s’en servent pour expliquer la vague d’attentats touchant les deux camps libanais politiquement opposés. Un conflit impliquant Israël torpillerait, en effet, à coup sûr, les négociations avec l’Iran et userait les forces du Hezbollah mobilisées sur plusieurs fronts, afin d’inverser le scénario annoncé d’une défaite cuisante de l’opposition syrienne.  D’autres figures, appartenant au Courant du Futur de Saad Hariri ou au 14-mars dont il est la figure de proue, accusent sans détour Damas et le Hezbollah qui assassinent, selon eux, tous ceux qui s’opposent à leur mainmise sur le Liban, résistent aux chantages et intimidations qu’ils exercent grâce leur puissant arsenal. Si la piste saoudienne est plus facilement privilégiée, rien ne permet d’exclure la possibilité que le régime de Damas orchestre lui-même certains attentats pour exacerber la peur du spectre salafiste et se donner le beau rôle dans la guerre aujourd’hui menée contre ces groupes et leurs sponsors qui veulent déstabiliser la Syrie et le Liban. Aucune possibilité ne peut être exclue, le passif du régime syrien dans la manipulation de groupes tels que le Jound al-Cham et le Fatah al-Islam étant connu [9] et ce, depuis bien avant l’éclatement de la guerre en Syrie. L’identité des commanditaires des actions meurtrières au Liban n’est, sinon connue, du moins jamais dévoilée, et le crime peut, en tout état de cause, profiter à de nombreux acteurs, nationaux et étrangers, impliqués en Syrie.

La volonté de l’Amérique : une puissance toujours décisive

S’agissant de l’avenir de la Syrie, de l’Irak et du Liban, la décision finale ne revient directement ni à l’Arabie saoudite, ni au Qatar, ni à l’Iran, mais toujours, bien entendu, à l’Amérique et à la Russie. Moscou est d’ailleurs certainement le grand vainqueur de l’année 2013 au Moyen-Orient où il a su tenir fermement le gouvernail des négociations contrairement à l’Amérique, la France et la Grande Bretagne qui ont semblé, très souvent, naviguer à vue. Il est désormais dans l’intérêt de B. Obama de tout mettre en œuvre d’une part pour contenir l’extension du conflit dans la région avant qu’il ne devienne incontrôlable et ne finisse par menacer Israël (éventualité face à laquelle l’Amérique ne pourrait pas rester inerte et serait obligée de réagir, même sans vouloir d’une nouvelle guerre impopulaire), et d’autre part pour redonner une nouvelle impulsion à sa stratégie antiterroriste au Moyen-Orient et dans la Corne de l’Afrique, quitte à hausser parfois le ton vis-à-vis de ses partenaires les moins obéissants. Les gains de Moscou n’y font rien, c’est toujours la volonté politique de l’Amérique qui reste décisive même si dans la durée, elle a besoin de l’engagement réciproque des autres acteurs. Seul un accord russo-américain (suivi d’un accord saoudo-iranien, de second niveau) pourrait faire taire les armes en Syrie, stabiliser le Liban voisin et assainir son climat politique, et enfin, pérenniser les négociations internationales en cours. Les deux grandes puissances ont tout à y gagner, y compris en termes de prestige et d’influence. Leur partenariat stratégique pourrait se prolonger au delà d’un possible succès diplomatique sur la Syrie et se concrétiser autour d’une coopération sécuritaire bilatérale étendue (consistant à accroître les échanges d’informations entre leurs services spéciaux et à mener des opérations conjointes) ainsi que B. Obama et Vladimir Poutine en ont exprimé le souhait en marge du sommet du G8 de juin 2013. Après les deux attentats survenus en Russie, les choses semblent commencer à se mettre lentement en place puisque l’Amérique a proposé une « coopération plus étroite », favorablement accueillie par Moscou, afin d’assurer la sécurité des J.O de février. Cependant de nombreux sujets de tension entre la Russie et le groupe État-Unis/OTAN/UE demeurent, dont la très aiguë crise ukrainienne qui n’est pas de nature à dissiper la méfiance qui règne entre les deux blocs et pourrait même raviver de vieilles tensions. Des violences sont sans doute à prévoir en Égypte, au Liban, en Syrie, en Irak, en Afghanistan et sans nécessairement exclure d’autres pays de la région qui n’ont, jusqu’à présent, pas ou peu été touchés par le terrorisme. En définitive, ce n’est, à l’évidence, pas encore en 2014 que le terrorisme entrera en hibernation et que la « Global War on Terror » connaîtra un répit. Et il est encore moins plausible que la diplomatie américaine puisse amorcer un « rééquilibrage géographique » spectaculaire dans les trois années de présidence qu’il reste à Barack Obama.

Chady Hage-ali

Stratpolitix


[1]  En 2013, la cote de confiance du président a atteint son niveau le plus bas (à peine 40%) en Amérique, en dépit d’une relance de l’économie qui offre perspectives positives en termes de croissance et de création d’emplois en 2014. En cause, notamment, les débuts chaotiques, à l’intérieur, de sa réforme de l’assurance maladie « Obama Care », et à l’extérieur des choix qui suscitent l’incompréhension et divisent le Congrès, principalement son accord avec Téhéran alors que son gouvernement n’a pas renoncé à l’acquisition de la technologie nucléaire et à enrichir de l’uranium à cette fin. (Obama préfère glisser sur 2013, une année à oublier, AFP, 20 décembre 2013).

[2] Le secrétaire d’État à la Défense Chuck Hagel s’est voulu rassurant lors d’un exposé détaillé fait à Manama (Bahrein) le 7 décembre 2013 sur la politique militaire de Washington dans le Golfe et sur les dispositifs et moyens terrestres, aériens et maritimes déployés. Il a assuré que l’Amérique n’abandonnerait pas ses alliés arabes même en cas d’accord définitif avec l’Iran sur le nucléaire et a appelé à un renforcement de la coopération militaire entre l’Amérique et les six États du Golfe, affirmant que son pays préfèrerait que cela se fasse dans le cadre du Conseil de coopération du Golfe (regroupant Oman, les Émirats arabes unies, le Qatar,  Bahrain, le Kuwait et l’Arabie saoudite) comme principale entité et interlocuteur plutôt que de continuer à vendre des armes à chaque État séparément. (Us to keep 35,000 troops in Gulf, RFE/RL, 7 décembre 2013)

[3]Remercié le 6 décembre 2012 par le président Obama, James (Jim) Mattis fait partie d’une longue liste d’officiers démis de leur fonction au lendemain de l’attaque contre l’ambassade de Benghazi (Libye) et sur fond de climat de contestation croissante de la stratégie d’Obama par les hauts gradés qui se sentent méprisés par son administration. Depuis le début de son mandat, ceux-ci ont dû faire profil bas et plier devant la vision défendue par les conseillers de la Maison Blanche qui gardent la main sur les questions de politique extérieure et de défense. Mais leurs contestations sur les problématiques afghane, irakienne ou syrienne n’ont pas toutes les mêmes causes ou le même objet. Au mois de septembre 2013, alors que la surenchère de la Maison Blanche laissait entrevoir la guerre en Syrie comme inévitable, des jeunes soldats objecteurs ont diffusé des photos sur lesquelles ils exprimaient, le visage caché derrière des pancartes, leur refus de participer à une nouvelle guerre contre la Syrie au seul bénéfice d’Al Qaïda, entité contre laquelle ils sont en guerre en Afghanistan, au Yémen, en Somalie. (Voir : Syria crisis reveals uneasy relationship between Obama, nation’s military leaders, Washington Post, 13 septembre 2013).

[4]Pour en savoir plus sur les contours (et les dessous) de cette relation solide mais ambiguë et de plus en plus « inconfortable » pour l’Amérique,  lire l’ouvrage « Thicker Than Oil: America’s Uneasy Partnership with Saudi Arabia » de Rachel Bronson (Oxford University Press, 28 juin 2005). L’auteur y explore l’évolution d’un partenariat qui a connu des hauts (notamment durant  la période de la guerre froide et du containment de l’URSS, principe au nom duquel l’Arabie saoudite – qui partageait avec l’Amérique la même détestation du communisme – avait fourni des armes américaines aux Talibans contre l’armée soviétique en Afghanistan); et des bas (comme au lendemain des attentats du WTC), mais qui s’est toujours maintenu autour d’objectifs sécuritaires communs en dépit de visions et d’approches diamétralement opposées sur la question des droits de l’Homme et des libertés dans les pays Golfe et plus largement au Moyen-Orient.

[5]Sommet des pays du Golfe : plus que jamais divisés sur l’union et l’Iran, AFP, 10 décembre 2013.

[6] Syrie : le Front Al-Nosra devient la « branche » officielle d’Al-Qaida, AFP, 8 novembre 2013.

[7]L’Occident dit à l’opposition syrienne qu’Assad pourrait rester, Khaled Yacoub Oweis, Reuters, 18 décembre 2013.

[8]Cette piste est d’autant plus plausible que l’Arabie saoudite, à travers Bandar Ben Sultan, aurait proposé, en vain, à Moscou une entente sur les cours du pétrole en échange de son soutien à Bashar al-Assad. Le Prince aurait également insinué que les J.O de Sotchi pourraient ne pas être à l’abri d’attentats de la part de groupes (tchétchènes) placés sous son contrôle (voir : Saudis offer Russia secret oil deal if it drops Syria, Ambrose Evans-Pritchard, Daily Telegraph, 27 août 2013. Disponible sur le site du quotidien : http://www.telegraph.co.uk/finance/newsbysector/energy/oilandgas/10266957/Saudis-offer-Russia-secret-oil-deal-if-it-drops-Syria.html).

[9]Al Qaïda, plus forte et dangereuse que jamais, selon les experts, AFP, 14 décembre 2013.

[10]Cette manipulation dangereuse de la part des moukhabarates syriens a d’ailleurs fait l’objet de révélations confondantes. Dans le but de favoriser l’apparition d’une « menace islamiste » en Syrie, le régime de Bashar al-Assad aurait durant la première année de la révolte (2011) libéré de la prison de Saidnaya plusieurs centaines de prisonniers islamistes membres des anciennes formations citées, dont trois grandes figures qui ont formé après leur sortie leurs propres brigades : Hassan Abboud, chef du Ahram al-Sham (« Libres du Levant »), Zahran Alloush chef du Liwa al-Islam (« Brigade de l’Islam ») devenue le Jaysh al-Islam (« Armée de l’Islam ») en septembre 2013, et Issa al-Cheikh chef du Soukour al-Sham (« Faucons du Levant »). Depuis, le régime a vraisemblablement revu ses tactiques en Syrie devant l’ampleur du phénomène jihadiste. Au cours de la même année 2011, le régime aurait emprisonné plusieurs militants démocrates qui représentaient le ferment révolutionnaire que celui-ci souhaitait neutraliser (voir : The Tale of «The Friends of Saidnaya»: The Strongest Three Men in Syria, Bassel al-Junaidi, 23 octobre 2013. Disponible sur le site de Al-Joumhouriya : http://therepublicgs.net/2013/11/04/the-tale-of-the-friends-of-saidnaya-the-strongest-three-men-in-syria-today/)


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